Comment évaluer un logiciel qui annonce des fonctions d'intelligence artificielle

Tous les éditeurs annoncent désormais de l'intelligence artificielle. Quatre questions suffisent à faire le tri.

Par Emmanuel Derrien — 2026-07-27

Depuis un an, il n'existe plus un seul éditeur de logiciel de gestion, de relation client ou de paie qui n'annonce pas de l'intelligence artificielle. Sur les plaquettes, tout le monde en fait.

Dans la réalité, il y a trois catégories : ceux qui ont réellement intégré quelque chose d'utile, ceux qui ont ajouté un bouton pour pouvoir l'écrire sur la plaquette, et ceux qui n'ont rien fait mais l'annoncent pour l'année prochaine.

Quatre questions suffisent à savoir dans quelle catégorie se trouve le vôtre. Posez-les par écrit, et demandez une réponse écrite.

Première question : est-ce inclus dans mon contrat actuel ?

La question paraît triviale. Elle ne l'est pas, et elle réserve des surprises dans les deux sens.

Certains éditeurs incluent les nouvelles fonctions dans l'abonnement existant. Vous les payez déjà et vous ne les avez peut-être jamais activées. Cela arrive plus souvent qu'on ne croit.

D'autres les facturent en supplément, parfois par utilisateur, parfois à l'usage. Demandez le mode de facturation exact, et faites simuler une année sur votre volume réel. Une tarification à l'usage peut être très avantageuse ou très douloureuse selon votre profil.

Deuxième question : où sont traitées mes données ?

C'est la question la plus importante des quatre, et celle sur laquelle les réponses sont le plus souvent floues.

Ne vous contentez pas de « nos serveurs sont en Europe ». Demandez trois choses : quel prestataire fait tourner le modèle, sous quelle juridiction cette entreprise est placée, et si vos données servent à entraîner quoi que ce soit.

Ce dernier point doit figurer par écrit. Un éditeur sérieux vous répondra sans hésiter, parce qu'il a déjà préparé la réponse. Un éditeur qui hésite vous a déjà répondu.

Troisième question : quelle est votre feuille de route ?

Demandez ce qui est prévu sur les douze prochains mois, avec des dates.

L'intérêt n'est pas tellement d'obtenir un calendrier fiable, personne n'en a sur ce sujet. L'intérêt est de voir si votre éditeur a une stratégie ou s'il improvise.

Un éditeur qui vous parle de ce qu'il a livré le trimestre dernier et de ce qu'il livre le prochain travaille sérieusement. Un éditeur qui vous parle uniquement d'une grande vision à trois ans vous vend du temps.

Quatrième question : votre outil est-il ouvert ?

Autrement dit : puis-je connecter votre logiciel à mes autres outils, automatiquement, sans avoir à recopier des données à la main ?

Cette question est décisive, et c'est celle que les dirigeants oublient le plus souvent parce qu'elle paraît technique. Elle ne l'est pas, elle est stratégique.

La raison est simple : la valeur ne vient plus d'un logiciel isolé, elle vient de l'enchaînement entre plusieurs. Un devis qui déclenche une tâche, qui alimente un tableau de bord, qui relance automatiquement au bout de dix jours.

Un éditeur qui refuse d'ouvrir son outil vous enferme. Et je le dis sans détour : un logiciel fermé aux connexions extérieures est un logiciel qui se condamne. Pas dans dix ans. Maintenant.

Le piège à éviter : changer de logiciel pour l'intelligence artificielle

Je vois passer des projets de migration entiers, très coûteux, justifiés uniquement par les fonctions d'intelligence artificielle du concurrent.

C'est presque toujours une mauvaise idée. Le coût réel d'un changement de logiciel de gestion n'est pas la licence, c'est la reprise des données, la formation, et les six mois où l'entreprise fonctionne moins bien.

Avant d'envisager cela, vérifiez si vous ne pouvez pas obtenir le même résultat en connectant votre outil actuel à autre chose. C'est souvent possible, incomparablement moins cher, et réversible.

La nuance : si votre éditeur répond mal aux quatre questions, en particulier à celle de l'ouverture, alors la question du changement se pose vraiment. Mais posez-la pour cette raison-là, pas pour une plaquette.